Les éditeurs de logiciels libres accentuent leur pression sur Berne

LE TEMPS, mardi 12 janvier 2010, Anouch Seydtaghia

letempsDes éditeurs poursuivent leur action en justice contre Berne, accusé d’acheter des logiciels de Microsoft sans appel d’offres. Vaud et Genève sont beaucoup plus ouverts

Le bras de fer entre les éditeurs de logiciels libres et la Confédération se durcit. Les premiers, qui accusent Berne d’avoir attribué un contrat de 42 millions de francs à Microsoft sans appel d’offres, ont reformulé leur plainte auprès du Tribunal administratif fédéral, et ce pour qu’elle soit plus efficace. Dimanche, ils ont annoncé le retrait de sept des dix-huit plaignants pour éviter que tous ne doiven­t légitimer leur position à porter plainte contre Berne. Les plus petits éditeurs sont ainsi hors course pour permettre aux plus gros, Red Hat en tête, de gagner face à la Confédération. Rappelons que les logiciels libres sont distribués sans licence et peuvent être librement modifiés.

«D’après nos estimations, Berne a réalisé, ces trois dernières années, des appels pour seulement la moitié de ses achats informatiques, accuse Matthias Stürmer, membre de la direction de l’association Swiss Open Systems User Group, qui regroupe les plaignants. La Confédération affirme qu’elle n’a pas besoin d’ouvrir ces contrats lorsqu’il y a des dépendances techniques. Or elle ne fait aucun effort pour effectuer des appels d’offres, surtout pour ce contrat de 42 millions, le plus important de ces dernièr­es années.» Cette somme, versée à Microsoft uniquement, comprend notamment des licences Windows et Office. «Berne s’est borné à signer un contrat de 3 ans, de début 2009 à fin 2011, pour que Microsoft dépanne et mette à jour ces deux logiciels à sa guise sur 37 000 ordinateurs. Ce manque de curiosité pour d’autres solutions est regrettable», poursuit Matthias Stürmer. Directement visé, l’Office fédéral des constructions et de la logistique n’a pas été hier en mesure de répondre à nos questions.

L’été dernier, des parlementaires (tant du PS que du PLR) ont déposé sept motions pour inciter Berne à s’intéresser aux logiciels libres. Les politiciens dénoncent tant les manquements aux principes de l’OMC – via l’absence d’appels d’offres – que les sommes versées sans discuter à Microsoft (20 millions de francs en licences chaque année, estiment-ils).

Genève avance vite

La Suisse ne figure qu’au 34e rang mondial dans l’adoption de logiciels libres par ses administrations ( voir infographie ). Du côté des cantons, Soleure, Vaud et Genève sont à l’inverse cités en modèles face à l’inertie de la Confédération. «Il faut une volonté politique forte ou une implication intense de toutes les parties concernées pour passer aux logiciels libres, analyse Patric­k Genoud, conseiller à l’Observatoire technologique du canton de Genève. Les avantages sont indiscutables: cela permet notamment de garantir une meilleure maîtrise de nos systèmes d’information et de préserver notre indépendance par rapport aux éditeurs.»

Genève a par exemple migré plusieurs milliers d’ordinateurs – utilisés par des étudiants – d’Office de Microsoft vers le logiciel libre OpenOffice. Un CD avec plusieurs programmes libres a également été distribué aux écoliers. «Et, de manière invisible, plusieurs logiciels importants de notre infrastructure informatique ont été remplacés par des systèmes libres», poursuit Patrick Genoud.

Combien Genève a-t-il ainsi économisé? «Près de 2 millions de francs sur un budget informatique de 150 millions sur trois ans, poursuit le conseiller. Ce n’est qu’un début, et nous ne voulons pas insister sur le côté financier. Sinon, Microsoft ou d’autres éditeurs de logiciels propriétaires pourraient éventuellement nous offrir les licences à prix cassés. Or utiliser des logiciels libres procure des avantages plus importants que l’argent.»

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