De Washington à Berne, Microsoft suscite la colère

Par Anouch Seydtaghia, Le Temps du 3 novembre 2010.

Les achats publics de logiciels sont attaqués en justice par des concurrents

600px-us-courtoffederalclaims-sealsvg-300x300Au tour de Google d’attaquer en justice l’administration fédérale américaine. Sous le coup de plusieurs enquêtes liées à des soupçons de pratiques anticoncurrentielles, la firme saisit à son tour les tribunaux. Sa cible: le Département américain de l’Intérieur. Google l’accuse de l’avoir écarté, au profit de Microsoft, lors d’un appel d’offres pour un nouveau système de messagerie. D’une valeur de 49,3 millions de dollars sur cinq ans, ce contrat n’est pas le seul attaqué en justice par des concurrents de Microsoft. Au Canada, mais aussi en Suisse, plusieurs rivaux de la firme de Steve Ballmer n’acceptent pas d’être écarté d’office lors de gros achats informatiques. Le dernier cas américain, révélé lundi, concerne 88 000 employés du Département de l’Intérieur. Celui-ci recherche un nouveau système, unifié, regroupant une messagerie, un calendrier et des solutions pour collaborer sur des documents. Selon Google, qui a déposé plainte vendredi auprès du Tribunal des recours contre l’Etat fédéral, les spécifications demandées ont été élaborées de telle manière que seul Microsoft, avec sa «Business Productivity Online Suite», pourrait répondre aux critères requis. Désireux de s’implanter sur le marché des solutions pour entreprises et administrations, Google s’est déjé battu plusieurs fois sur sol américain contre Microsoft. Cet été, ce dernier parvenait à décrocher un contrat dans l’Etat de Californie pour un système de messagerie pour 200 000 employés. Mais Google l’avait emporté en en octobre 2009 pour des services similaires destinés à 30 000 employés de la ville de Los Angeles. La valeur de ce contrat était de 7,2 millions de dollars. En Suisse, l’attribution à Microsoft d’un contrat d’une valeur de 42 millions de francs ne cesse des vagues. Estimant qu’aucun appel d’offre n’avait été réalisé par l’Office fédéral des constructions et de la logistique, dix-huit fournisseurs de logiciels libres avait porté l’affaire devant le Tribunal administratif fédéral.

« Même aux CFF »
Déboutés le 6 juillet dernier, ils ne baissent pas les bras. « Nous avons recouru devant le Tribunal fédéral. Mais en face, nous soupçonnons la Confédération de vouloir gagner un maximum de temps, vu que les contrats visés arrivent à échéance fin 2011 », explique Matthias Stürmer, représentant des plaignants. Et de poursuivre: « En Suisse, des contrats sont souvent attribués à Microsoft ou d’autres grands éditeurs de logiciels sans appels d’offre, par simple commodité. Cela arrive dans les cantons, les villes et même aux CFF ».

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Les administrations françaises affirment le logiciel libre comme un stimulant de l’innovation et envisagent de l’introduire en mode cloud

MARKESS International, société d’étude et de conseil basée à Paris et à Washington, D.C., spécialisée dans l’analyse de la modernisation et de la transformation des entreprises et administrations avec les technologies de l’information, annonce la parution de sa dernière étude dédiée au logiciel libre et au secteur public intitulée « L’Open Source dans le Secteur Public – Facteur d’Innovation et Nouvelles Approches avec le Cloud Computing ». La progression du logiciel libre au sein des différents domaines des systèmes d’information des administrations françaises n’est plus à démontrer au regard du suivi effectué par MARKESS International ces cinq dernières années. Au-delà du modèle économique, qui est indéniablement un avantage communément mis en avant par les administrations, le logiciel libre se révèle également propice à l’innovation, un angle d’approche inédit analysé par MARKESS International dans le cadre de cette 6ème étude consacrée à ce thème. Enfin, l’émergence de nouvelles approches, telles que le cloud computing, ouvre de nouvelles voies d’accès au logiciel libre pour les administrations.

Le logiciel libre, un vecteur d’innovation selon les administrations françaises

En 2010, plus de 90% des responsables des administrations françaises interrogées (ministères, organismes sous tutelle, collectivités territoriales) considèrent le logiciel libre comme facteur d’innovation.

Au-delà des facteurs économiques, le logiciel libre entraîne :

  • De nouvelles approches organisationnelles en interne : organisation communautaire où chaque membre peut proposer, enrichir et interagir ;
  • Le développement d’usages innovants autour de la collaboration, de la relation usager, de la bureautique ou la gestion de projet, etc. ;
  • De nouvelles méthodes de conduite de projet : méthodes itératives où la définition de la solution finale est déterminée progressivement par tâtonnement ou encore par l’élaboration d’un prototype qui est généralisé par la suite en revenant à un mode projet traditionnel. Nombreux sont les responsables d’administrations ayant tiré parti du logiciel libre pour stimuler le lancement de projets qui ne l’auraient peut-être pas été sans ce recours. Les projets à vocation citoyenne, les établissements numériques de travail (ENT) dans le domaine de l’éducation ou encore les applications métiers des collectivités locales sont des terreaux fertiles pour le logiciel libre.

Le logiciel libre stimule aussi l’innovation à tous les stades du projet : lors de son initialisation grâce à un accès aisé à la solution logicielle, pendant le projet en testant de nouvelles méthodes de développement et de contribution, en aval en permettant la génération d’usages innovants reproductibles et généralisables.

Un intérêt vis-à-vis du cloud computing pour les solutions open source

Le recours au cloud computing pour les solutions open source est encore marginal en 2010 : seules 6% des responsables des administrations françaises interrogés déclarent y avoir déjà recours, et à ce titre, les responsables des collectivités territoriales révèlent une certaine avance par rapport aux administrations centrales (ministères et organismes sous tutelle). Néanmoins, des perspectives se dessinent d’ici 2012 et au-delà :

  • Un nombre significatif de responsables des administrations françaises montre un intérêt prononcé pour cette nouvelle approche et l’envisage à plus ou moins long terme. Ils sont dans une phase d’écoute quant aux possibilités offertes par ce modèle ;
  • Ils privilégient les solutions open source en mode SaaS (Software as a Service) d’ici 2012. Les solutions IaaS (Infrastructure as a Service) présentent également des perspectives intéressantes ;
  • Selon Aurélie Courtaudon, en charge des recherches sur le secteur public chez MARKESS International, « les prestataires interrogés corroborent en majorité le fait que le cloud computing offre une nouvelle voie d’accès au logiciel libre et affirment devoir adapter leurs offres en conséquence. »

Un marché toujours prometteur d’ici 2012

Les responsables des administrations françaises interrogés confirment d’année en année la croissance du poids du logiciel libre dans leur budget informatique. Celui-ci est estimé à 16% du budget informatique (charges de personnel interne, achats de matériel, de logiciels et prestations de services externes) des administrations françaises en 2010 et devrait encore augmenter d’ici 2012. En regard, MARKESS International estime à 1 090 millions d’euros le marché des logiciels et services liés au logiciel libre au sein des administrations françaises en 2010. Entre 2010 et 2012, ce marché devrait croître à un rythme de +15,3% par an pour atteindre 1 450 millions d’euros. La méthodologie suivie pour réaliser cette étude repose sur une analyse approfondie menée auprès d’organisations publiques (54 interviews en ligne de responsables et décisionnaires réalisées de juin à août 2010, plusieurs centaines d’entretiens qualitatifs conduits tout au long de l’année 2010 avec des responsables d’administrations centrales et locales et portant sur le thème du logiciel libre, retours d’expérience de projets open source) ainsi qu’auprès de prestataires du marché (30 entretiens en ligne de prestataires disposant d’expertise dans le domaine de le logiciel libre ou en train d’en développer).

Ce communiqué porte sur l’étude publiée en septembre 2010 par MARKESS International : L’Open Source dans le Secteur Public, Facteur d’Innovation et Nouvelles Approches avec le Cloud Computing, 2010-2012

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La plainte contre le contrat de 42 millions de francs à Microsoft continue devant le Tribunal Fédéral

COMMUNIQUÉ DE PRESSE DE LA PARTIE PLAIGNANTE

Berne, le 8 octobre 2010

Pour éviter les conséquences désastreuses pour le marché IT suisse et l’entier des marchés publics, les plaignants ont décidé de porter la plainte contre le contrat de 42 millions passé avec Microsoft devant le Tribunal fédéral.

Les membres du groupe parlementaire pour une informatique durable commentent de différentes manières cette décision. Le Tribunal fédéral administratif a décidé dans son jugement du 6 juillet 2010, que les plaignants n’étaient pas légitimés à porter plainte contre le contrat de 42 millions passé entre la Confédération et Microsoft. Il n’a ainsi pas dû étudier la question matérielle.

Comme l’administration fédérale possède et utilise déjà des anciennes versions de différents produits Microsoft (Windows XP, Microsoft Office 2003, …), cette décision judiciaire légaliserait l’acquisition sans appel d’offre public de nouvelles versions des-dits logiciels sans restriction ni temporelle, ni de quantité. L’administration pourrait également passer de nouveaux contrats de gré-à-gré pour équiper des places de travail supplémentaires et des serveurs avec les prochains logiciels Microsoft, ou des logiciels adaptés spécifiquement à la technologie Microsoft. Cela serait entièrement légal et inattaquable, même si les logiciels précédents n’avaient pas été acquis de manière conforme aux lois.

En d’autres termes, cela signifierait que les administrations publiques et les entreprises dépendantes d’administrations pourraient désormais étendre et modifier pour une durée illimitée leur parc de logiciels existants, peu importe qu’ils soient de Microsoft, SAP, Oracle, ou de tout autre fournisseur. La dépendance à un fournisseur unique de logiciel propriétaire serait même ainsi légalisée. Les contrats de gré-à-gré deviendraient l’habitude dans le secteur IT puisque la stratégie informatique serait de manière factice dictée par le droit des marchés publics.

Cette question de droit est également d’importance capitale pour l’entier des marchés publics, puisque ce jugement pourrait être utilisé bien au delà de la thématique des logiciels libres. Il faudra s’attendre à des contrat de gré-à-gré dans tous les domaines où les administrations publiques dépendent d’une technologie donnée. Suite à ce jugement, les autres fournisseurs ne seraient même plus habilités à demander une étude en justice des décisions d’acquisition. Il n’y aurait plus de limitation aux acquisitions arbitraires de l’administration. Par exemple, les CFF pourraient, dans ces conditions, attribuer indéfiniment tous les prochains travaux de maintenance et d’extension des nouvelles rames de Bombardier à cette seule entreprise canadienne. Les compagnies comme Stadler Rail n’auraient même plus la possibilité de porter plainte. Les CFF pourraient justifier à l’aide de la présente décision qu’ils sont entièrement dépendants de Bombardier, et qu’aucun autre concurrent ne répond aux critères donnés, car aucun ne dispose des compétences requises sur les rames Bombardier.

Pour toutes ces raisons les plaignants ont décidé de faire appel auprès du Tribunal fédéral contre ce jugement.

Les politiciens de différents partis commentent cette décision : Edith Graf-Litscher, conseillère socialiste du canton de Thurgovie et co-présidente du groupe parlementaire pour une informatique durable, est entièrement favorable à cet appel devant le Tribunal fédéral : « C’est un cas d’importance fondamentale pour la place IT suisse. Le jugement actuel du Tribunal fédéral administratif ouvre les portes à une augmentation des accords de gré-à-gré. C’est pour cela que je soutiens les plaignants dans leur démarche de ne pas s’arrêter au milieu de la procédure et d’aller devant le Tribunal fédéral. Bien entendu, le groupe parlementaire pour une informatique durable souhaite continuer à entretenir un discours franc et constructif avec l’office fédéral des construction et de la logistique dans le but d’obtenir plus d’acquisitions publiques ouvertes et équitables. »

Le co-président du groupe parlementaire pour une informatique durable et conseiller national PRL.Les Libéraux Christian Wasserfallen pense de manière critique : « J’accepte certes la décision des plaignants de faire appel devant le Tribunal fédéral. Toutefois en plus de la voie juridique, il sera encore plus important d’exiger, par la voie politique, un traitement équivalent pour les logiciels libres. Le souhait de voir les fournisseurs de logiciels libres traités de manière égale devra être présenté encore plus fermement. »

Alec von Graffenried, conseiller national vert du canton de Berne et membre fondateur du groupe pour une informatique durable pense que porter en appel la décision au Tribunal fédéral est indispensable : « J’ai été surpris par la décision de non-entrée en matière du Tribunal fédéral administratif. C’est pourquoi, j’attends déjà la décision du Tribunal fédéral à propos de la légitimité des concurrents mis à l’écart du marché par une négociation de gré-à-gré de porter plainte. Cette question ne peut qu’être vue que d’une manière différente que le Tribunal fédéral administratif. »

D’après Thomas Weibel, conseiller national vert libéral et membre fondateur du groupe parlementaire pour une informatique durable, le libre marché est menacé : « En tant que vert libéral, il m’est important que le marché fonctionne et qu’une concurrence saine avec une égalité des chances pour tous règne. La décision actuelle du Tribunal fédéral administratif a aboli le marché public. J’espère donc que le Tribunal fédéral corrigera ce jugement. »

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La stratégie de l’économie numérique suisse dépend de Microsoft

Traduit de David Vonplon, Tagesanzeiter/Der Bund, 14. September 2010

Peter Waser, Directeur Général de Microsoft Suisse, devient président du tout nouveau « eEconomy Board » qui aura pour tâche de promouvoir le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC ou IT) en Suisse. Cela inquiète certains parlementaires et les entreprises proposant des logiciels libres.

La Suisse a un retard considérable par rapport aux autres pays dans l’utilisation des technologie de l’information et de la communication. Pourtant nulle part ailleurs autant d’argent est dépensé dans les infrastructures IT. Le nouvel eEconomy Board a reçu de la Président de la Confédération, Doris Leuthard,  la tâche de faire enfin entrer la Suisse dans l’âge numérique. Celle-ci souhaite qu’il s’appuie sur une collaboration étroite entre l’économie et la recherche.

Ce n’est pas un hasard si le directeur de Microsoft Suisse apparaît en qualité de président de ce groupe. En effet,  le géant informatique a, en collaboration avec IBM, financé dans une large mesure et a conçu ce programme de soutient du secteur informatique. La Confédération reste partiellement en arrière plan en ne finançant ce projet uniquement à la hauteur de 200’000 CHF par an. Le reste des fonds sera fourni par les membres. Cela ce remarque sur le site web, où les logos des entreprises partenaires amène le visiteur en un clique sur le site des dites sociétés.

« Un choix aliénant »

« La réalisation de ce projet me donne l’impression que la Confédération s’est faite enrôlée par les acteurs économiques, et non l’inverse. » pense Alex von Graffenried, conseiller national Vert et membre du groupe parlementaire pour une informatique durable. Il se demande également pourquoi la propagande pour le secteur informatique, majoritairement dominé par des PME et des startups, devrait être effectuée par Microsoft.

Avec sa critique von Graffenried n’est pas seul : les membres de l’association /ch /open, qui soutient les systèmes informatiques libres, se sentent une fois de plus mis à l’écard par la Confédération. « La nomination de Waser est étrange » dit Matthias Stürmer membre du comité de /ch/open. Il faudra compter sur le fait que les gros groupes informatiques seront à nouveau favorisés, alors que ce sont eux qui ont déjà bénéficié de contrats de plusieurs million avec la Confédération sans appel d’offre public. « Il est évident que Microsoft espère s’octroyer ainsi plus facilement les prochains contrat. »

« Être à armes égales ? »

La Confédération comme supporter du géant informatique américain ? « Rien à voir avec cela » affirme Eric Scheidegger, directeur adjoint du SECO. Lorsqu’on lui a demandé si Microsoft était le bon partenaire, la présidente Leuthard a déclaré lors de la conférence de presse que l’engagement de Waser est à saluer : « Il faut des gens qui apportent le savoir-faire nécessaire. », elle souligne toutefois que les autres parties intéressées sont les bienvenues.

Les représentants du groupe parlementaire pour une informatique durable se plaignent, toutefois, qu’aucune des nombreuses entreprises suisses travaillant dans le milieu des logiciels libres et open source – des programmes qui peuvent être copiés et modifiés librement par n’importe qui – n’ait été invitée par la Confédération. « Une fois à nouveau que la Confédération exclut les représentants du modèle  de développement libre  », explique Christian Wasserfallen conseiller national PRL. Le co-président du groupe parlementaire promet de ne pas céder tant que les fournisseurs de logiciels libre ne seront pas sur le même pied d’égalité que le fournisseur de logiciels propriétaires. Du point de vue de la Confédération, ce programme d’aide est l’exemple parfait de la promotion d’un secteur TIC ouvert et transparent, et de l’accès libre au savoir. En réalité, elle ne s’engage que très peu pour ce dernier.

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Une technologie propriétaire est un gaspillage financier

Non, il ne s’agit pas d’une citation émanant d’une personne de la communauté du Logiciel Libre. Il s’agit de Neelie Kroes, vice-présidente de la Commission Européenne, qui intervenait à un sommet organisé par l’OpenForum Europe (OFE) à Bruxelles le 10 juin. Elle a aussi déclaré :

« Beaucoup d’institutions se sont retrouvées enfermées des dizaines d’années dans des technologies propriétaires par inattention. Dépassé un certain stade, ce choix originel devient tellement enraciné que les alternatives sont systématiquement ignorées, quels que soient leurs bénéfices potentiels. C’est un gaspillage de l’argent public que beaucoup d’organismes publics ne peuvent plus se permettre. »

Kroes a aussi soutenu une définition des Standards Ouverts similaire à celle publiée par la Free Software Foundation. Elle a clairement dit que des standards « vraiment ouverts […] viennent sans contraintes pour leur mise en place ». Ceci est important car cela signifie que les programmeurs peuvent implémenter un standard avec du Logiciel Libre ; ce que Microsoft et d’autres ont tenté de réfuter devant la Commission, clamant qu’un standard est « ouvert » même s’il ne peut pas être mis en place avec du Logiciel Libre.

Sources

La reproduction exacte et la distribution intégrale de cet article est permise sur tout support, pourvu que cette notice soit préservée.

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Contrat de gré-à-gré avec Microsoft : La plainte n’est pas légitime. La partie plaignante et les parlementaires sont préoccupés par la décision du TAF.

Le Tribunal Administratif Fédéral (TAF) réfute la légitimité des fournisseurs de logiciels libres. Ceux-ci avaient porté plainte contre le contrat passé sans appel d’offre public par l’Office fédéral des constructions et de la logistique (OFCL) avec Microsoft. La présidence du groupe parlementaire est préoccupée par cette décision contre la libre concurrence.

Avec leur décision, les juges du TAF refusent d’étudier en détail si l’Administration fédérale était habilitée à passer ce contrat sans appel d’offre public. Cette question n’a donc pas été traitée. Les plaignants considèrent pourtant qu’un tel contrat devrait être adjudiqué suite à une procédure ouverte de soumission.

Lors de la séance publique, la majorité des juges ont voté contre la proposition du juge rapporteur d’entrer en matière sur la plainte déposée. Les juges ont argumenté que l’Administration fédérale pouvait décider librement si elle souhaitait entretenir le système informatique avec les logiciels existants en achetant du support, des mises-à-jour ou des extensions.  Même s’il faut encore attendre la publication du procès verbal, nous pouvons craindre que désormais dès qu’un logiciel d’un éditeur particulier sera introduit, il pourra être mis-à-jour, complété ou remplacé par un nouveau produit du même éditeur sans aucune forme de restriction ni temporelle, ni de fonctionnalités. Par exemple dans le contrat en question, les licences Share-Point ont été considérées par une juge comme une simple extension de Microsoft Office. De plus, d’après les juges, cela devrait être autorisé indépendamment du fait que la première adjudication a été faite de manière légale ou pas, ce sur quoi se battaient justement les fournisseurs de logiciels libres.

Dans tous les cas, les fournisseurs de solutions concurrentes n’auront prochainement plus aucun moyen de demander le respect du libre marché. Malheureusement, le juge rapporteur est resté sans succès en avertissant des conséquences néfastes : « Avec cette décision, le marché sera donc réduit de manière radicale à un seul fournisseur. » Ainsi, le vote des juges signifie que la palette de produits Microsof correspondrait à une technologie et non à des produits implémentant certaines fonctionnalités (par exemple, un gestionnaire de fichier graphique, un serveur de courriel, un traitement de texte, …). À l’aide de cette définition plus que discutable, il a évidement été facile de montrer que les plaignants ne proposaient pas de solution dans cette gamme de technologie – ce qu’ils ne peuvent de toutes façons faire, puisque Microsoft détient le monopole des accords entreprises. Par conséquent, n’étant pas des soumissinaires potentiels, ils ne sont pas légitimés à déposer plainte.

La décision du TAF rend donc la position de Microsoft plus dominante que jamais, et donne par la même occasion carte blanche à l’Administration pour tous nouveaux achats IT de gré-à-gré. En fonction de la formulation écrite définitive de la décision, il existe un réel danger qu’aucun des prochains contrats passés sans appel d’offre public ne pourra être examiné en justice. En effet, seuls les concurrents ont un intérêt à demander un examen en justice, mais leurs droits de recours contre un contrat de gré-à-gré avec Microsoft seraient inexistants. Cette décision du TAF implique une réduction excessive du droit de protection juridique dans le droit des marchés publics.

En définitive l’Administration Fédérale a pu, grâce à la question de légitimation traitée ici, empêcher que les intérêts matériels des plaignants soient examinés. De plus, la question du recours excessif à la règle d’exception pour justifier les contrats sans appel d’offre dans le marché informatique reste ouverte. Celle-ci désavantage pourtant systématiquement les fournisseurs de logiciels libres.

Les plaignants vont analyser en détail la décision du TAF, car celle-ci pourrait avoir des conséquences graves pour le secteur informatique suisse. Même si la version écrite n’est pas encore disponible, les justifications orales des juges laissent présager que le système actuel comprenant uniquement des produits Microsoft soit mis-à-jour et étendu sans limite ni dans le temps, ni dans les fonctionnalités. Même les acquisitions de gré-à-gré ne pourront plus être attaquées et toutes les extensions du système existant risquent d’être effectuées sans appel d’offre. Cela ferait disparaître toute concurrence dans le secteur informatique en Suisse. Si cela s’avère correct, le proverbe « une fois dans l’Administration, pour toujours dans l’Administration » s’appliquerait à l’informatique et plus aucune compagnie, même très innovante, n’aurait la possibilité de soumissionner.

Cela préoccupe aussi Edit Graf-Litscher, la co-présidente, du groupe parlementaire pour une informatique durable : « Avec cette décision, le TAF empêche activement la saine concurrence dans le secteur IT et réduit le droit des marchés publics. Nous combattrons au niveau politique l’augmentation des adjudications de gré-à-gré. » Le co-président Christian Wasserfallen ajoute : « Alors que pendant que beaucoup de cantons et d’entreprises se basent stratégiquement sur des projets de logiciels libres, la Confédération se met en travers de la concurrence et de l’innovation. Cela est peut-être à la limite correct au niveau juridique, mais il serait pourtant souhaitable d’avoir une indépendance au niveau des fournisseurs, et non un immobilisme et manque de transparence. Il est clair que dans la situation actuelle nous nous investirons encore plus activement au niveau politique pour une informatique durable. »

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Le Tribunal Fédéral Administratif organise une séance publique sur le cas de la plainte contre le contrat passé de gré-à-gré avec Microsoft pour plus de 42mio de francs suisses

La plainte contre l’attribution à Microsoft d’un contrat de 42mio de francs sans appel d’offres public progresse. En effet, le Tribunal a annoncé qu’une séance publique sur ce cas aura lieu le 6 juillet 2010 à Berne. Les cinq juges feront des déclarations orales au sujet de l’entrée de cause, à la suite desquelles ils communiqueront leur décision à propos de la légitimité des plaignants.

(PDF,ODF)

Il y a un peu plus d’une année – le 20 mai 2009 – un grand nombre de fournisseurs de services en logiciels libres déposaient une plainte contre l’acquisition pour plus de 42mio de francs de logiciels et de services auprès de Microsoft sans aucun appel d’offres public préalable. Après d’importants échanges par écrits, suivis d’une tentative de conciliation qui n’a pas abouti, une nouvelle étape du procès commence.  En considérant les services proposés par les membres de la partie plaignante, les juges décideront, en effet, si la plainte est légitime ou non. Les journalistes accrédités par le Tribunal Fédéral Administratif sont invités à participer à la présentation publique de la décision de jugement qui aura lieu le mardi 6 juillet 2010 à 9h00 dans la salle de réunion 44 des bâtiments de l’Administration fédérale des contributions, Schwarztorstrasse 50, Berne. Les plaignants saluent ce pas vers la franchise et la transparence dans cette procédure judiciaire et en espèrent une issue positive. Un cas similaire jugé dernièrement au Canada par la Cour Supérieure du Québec a montré que les fournisseurs de services en logiciels libres étaient entièrement légitimés à déposer des plaintes contre les acquisitions de gré-à-gré des administrations. Les juges québécois ont décrété que la Régie des Rentes avait agi illégalement en attribuant le contrat à Microsoft sans passer par un appel d’offres public. De plus, le tribunal a rejeté l’argument de la Régie qu’aucune alternative valable n’était disponible, et il a rappelé qu’aucun recours au règlement d’exception ne peut être fait sans une étude sérieuse et  documentée préalable. Il a également souligné que le meilleur moyen de s’assurer de l’existence ou non de solutions concurrentes passe par un processus d’appel d’offres public requérant des fonctionnalités logicielles, plutôt qu’une marque de produit détenu en exclusivité par une seule entreprise.  La Cour Supérieure du Québec considère également que le passage de Windows 2000 à Vista n’est pas une simple mise-à-jour, mais une migration et un renouvellement du parc informatique, puisqu’il implique une nouvelle installation. Pour plus d’information sur le cas québécois, référez-vous aux billets précédents sur ce blog.

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Les logiciels libres sont efficaces et sécuritaires

Dans le jugement québécois à propos de l’acquisition de logiciel sans appel d’offre public ont peu y lire que le ministère des services gouvernementaux traitait sur son site Internet des logiciels libres comme étant [...] efficaces et sécuritaires, et ce, dans les termes qui suivent:

Logiciels libres

De multiples expériences étrangères et locales démontrent, qu’aujourd’hui, les logiciels libres se révèlent un choix adéquat comme élément de la stratégie d’informatisation d’une administration publique.

Le recours à des logiciels libres assure:

  • la prérennité de l’information
  • le libre accès à l’information publique,
  • le développement économique local,
  • l’atténuation de la fracture numérique
  • et l’indépendance par rapport aux fournisseurs

Exactement dans la ligne d’action de notre groupe parlementaire pour une informatique durable.

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Le monopole propriétaire ébranlé : la justice québécoise confirme que l’acquisition de logiciels sans appel d’offres public est illégal

Le Château Frontenac à Québec, Source Wikipedia

Le Château Frontenac à Québec, Source Wikipedia.

Le 3 juin dernier, la Cour Supérieure du Québec s’est prononcée, dans un procès très similaire au cas Suisse, sur l’acquisition de logiciels propriétaires Microsoft pour plus de 800’000 CHF – en l’absence d’appel d’offres public. Celle-ci a clairement considéré et démontré que cette pratique de gré-à-gré était illégale. La plainte déposée au Tribunal Fédéral Administratif suisse n’est donc pas une exception dans le monde, et nous rappelle par la même occasion un cas proche qui a été jugé par la Cour Constitutionnelle italienne concluant qu’il est légitime de favoriser les logiciels libres.

Bref rappel des faits:  Automne 2006, la Régie des Rentes du Québec (RRQ) – l’organisme public de retraites – choisit de mettre à jour son système informatique et d’équiper ses postes de travail avec le système d’exploitation Microsoft Windows Vista, estimant que seul Microsoft est capable de répondre à ses besoins. Elle passe une commande pour un coût de 722’000 dollars canadiens. Savoir-Faire Linux inc., après avoir essayé de contacter la RRQ pour avoir des détails sur leurs besoins et comprendre leur décision de se tourner vers Microsoft, dépose plainte contre ce contrat, en s’attaquant plus particulièrement aux choix arbitraires de logiciels propriétaires du fournisseur Microsoft, sans aucune recherche sérieuse et documentée préalable à celui-ci.

Lors du procès, la RRQ invoque la réglementation gouvernementale qui prévoit une exception à l’appel d’offres en présence d’un fournisseur unique, un argument non sans rappeler notre procès helvétique. Selon la RRQ, il s’agirait d’une simple « mise à niveau »: cette démarche ne nécessitant donc pas de passer par un appel d’offres. Le juge de la Cour supérieure, Denis Jacques, ne voit pas cela ainsi, et considère qu’il s’agit plutôt d’une migration, d’un renouvellement du parc informatique. Il argumente en effet que pour passer de Windows 2000 à Vista une nouvelle installation est nécessaire. Les autres conclusions du procès sont cinglantes (PDF), l’absence de vérification sérieuse et documentée avant la décision de procéder sans appel d’offres est une omission fatale déclare le juge. De plus, plutôt que de faire état des fonctionnalités recherchées, le Tribunal constate que la RRQ s’est limitée à requérir une marque de logiciel précise dont les droits sont détenus en exclusivité par le seul fournisseur Microsoft en argumentant que

  1. Les employés de la Régie sont familiers avec le produit Microsoft qu’ils utilisent depuis 1996. Pour le Tribunal, cet argument ne peut être valable pour conclure a un fournisseur unique puisque ce faisant, il consacre le monopole aux logiciels propriétaires de Microsoft qui en détient les droits exclusifs de licences.
  2. La Régie soulève que la solution du logiciel libre entrainerait des coûts supérieurs à ceux engendrés par l’achat de licences Microsoft, notamment au niveau de la transition et de la formation. Or ce n’est que postérieurement à l’attribution du contrat, plus de dix mois plus tard, que la Régie a chiffré trois solutions possibles dont celles du logiciels libre. Cette étude démontre la réelle concurrence entre les différents types de produits.

Suite à ce procès, Cyrille Béraud, président de Savoir-faire Linux, conclut que : « le premier bénéficiaire, ce n’est ni moi, ni mon entreprise, mais l’État québécois, qui est libéré de la mainmise des multinationales sur ses systèmes d’information. Notre objectif avait pour but de faire changer les choses, pas d’embêter tel organisme public ou tel fonctionnaire. […] Le logiciel libre […] crée des emplois locaux.» Il rappelle aussi que « c’est une nécessité technologique [que] d’être capable de maîtriser ses codes sources. Le gouvernement bâtit des cathédrales au lieu de bâtir des écosystèmes […] ».

Des juristes devront encore trancher pour savoir si cette décision peut influencer la situation juridique en Suisse. Mais, dans tous les cas, le mouvement global actuel démontre que la situation de monopole n’est pas viable, et que les dépendances à des technologies propriétaires impliquent des pratiques d’acquisitions de logiciels douteuses, que nous connaissons malheureusement trop bien en Suisse.

La presse en parle :

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Un cas similaire à celui de la Suisse : Le Québec et les logiciels libres

Logo Assemblée nationale du Québec

Le cas du Québec semble très similaire à celui de la Suisse. En effet, l’association à but non lucratif FACIL, qui fait la promotion de l’informatique libre et des standards ouvert au Québec, conteste en août 2008 à la Cour supérieure les pratiques d’achats de logiciels pour l’administration publique sans appel d’offres de la part du Gouvernement du Québec. Ce qui n’est pas sans rappeler le recours déposé l’année passée en Suisse au Tribunal administratif fédéral par 18 société de logiciels libres, dont Red Hat contre un contrat de 42 mio de Francs passé de gré à gré entre la Confédération et Microsoft.

Suite aux actions de différents organismes, dont FACIL, concernant les conditions d’attributions des marchés publics de licences logiciels, le gouvernement du Québec a publié des modifications au règlement sur les conditions d’acquisitions de licences logicielles. Cette révision du règlement, en force depuis le 15 mai 2009 « permet à certains organismes de conclure de gré à gré un contrat à commandes pour l’acquisition de logiciels » à condition toutefois d’« avoir réalisé une recherche sérieuse et documentée démontrant que seul le fournisseur visé par ce contrat peut répondre à ses besoins. »

Toutefois la situation ne semble pas s’améliorer très rapidement. Ainsi d’autres actions en justice ont été intentées contre des attribution de marché sans appel d’offre public. Du côté politique, des voix s’élève contre la situation actuelle basée uniquement sur des logiciels propriétaires, impliquant des dépendances énormes. En avril dernier, lors de l’Étude des crédits budgétaires du ministère du Conseil du trésor et de l’Administration gouvernementale québécoise, Madame Marie Malavoy, a fait une intervention en faveur des logiciels libres. Elle a interrogé Mme Gagnon-Tremblay, présidente du Conseil du trésor, à propos des appels d’offres du gouvernement qui ne prévoient jamais l’utilisation de logiciels libres. Elle en a profité pour rappeler que les pays de l’Union européenne exigent que certains appels d’offres comprennent des logiciels libres. Elle n’a pas manqué de souligner l’intérêt économique pour le Québec d’une plus grande utilisation des logiciels libres.

Les réponses prudentes, pour ne pas dire confuses voire embarrassées, du gouvernement du Québec montre sa grande timidité et son incompréhension vis-à-vis du logiciel libre. À nouveau, le cas de la Suisse apparaît très similaire, comme le rappellent les réponses du Conseil Fédéral suite aux demandes de Edith Graf-Litscher et Walter Donzé.

Souhaitons que nos deux états changent dans un futur proche leur manière d’agir pour l’acquisition de logiciels et qu’ils se tournent vers le Libre, en suivant par exemples la France ou les Pays Bas.

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La vidéo et la retrascription de la demande de Marie Malavoy sur le Framablog
L’Association FACIL pour les logiciels libres et les standards ouvert au Québec

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